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Nathalie kosciusko-Morizet
Son premier bébé, c'est la politique
NKM: "Il faut la chance d'avoir une femme toujours absente, passant son temps avec d’autres hommes !"
Interview Valérie Trierweiler
Portrait François de Labarre
Interview:Paris Match. Un bébé ou la politique, il va désormais falloir choisir? Nathalie Kosciusko-Morizet. Je trouve cette question scandaleuse! Au contraire, je milite pour que les femmes se lancent en politique en même temps que les hommes. P.M. Rassurez-vous, ce n'était que de la provocation. Mais tout de même, la vie politique est difficilement compatible avec la vie de famille N.K.-M. Je ne suis pas la meilleure personne pour en parler puisque je ne suis qu'au lancement de la famille! Ce qui est important, c'est de savoir s'organiser et de préserver des moments privilégiés. Mais c'est vrai que la politique nous mène hors de la maison le soir et le week-end, en plus de la journée. P.M. Nous venons de fêter la Journée internationale des droits des femmes, et nous constatons à chaque fois que les femmes sont toujours aussi peu nombreuses. Pourquoi ? N.K.-M. Les femmes font trop peu de politique et surtout trop tard. La parité en a amené quelques-unes. Souvent, tardivement, elles commencent une deuxième vie. Et encore, fréquemment, elles ont un rôle supplétif. Dans ces conditions, elles ne pourront jamais aller aussi loin que les hommes, tout simplement parce qu'elles ont vingt ans de retard sur eux. Les femmes ne doivent plus accepter d'attendre d'avoir élevé leurs enfants pour se lancer. P.M. Mais qu'est-ce qui les freine le plus pour s'engager? N.K.-M. Certains points de blocage sont levés. Mais le monde politique continue à s'autoreproduire. Les hommes cooptent les hommes. Et puis, c'est un monde brutal dans lequel dominent les rapports de force et de vanité. Alors quand une femme mène de front plusieurs vies, elle a tendance à jeter l'éponge plus rapidement. Et avant même de se lancer, elle pense que ce n'est pas un monde pour elle: trop de duretés, de sacrifices, de temps perdu. Et j'ajoute qu'il faut avoir la chance d'avoir un mari ou un compagnon qui accepte une femme qui s'investisse en politique. Une femme qui ne soit jamais là et qui passe son temps avec d'autres hommes! P.M. Donc, pour faire de la politique, il faut être une sorte de « superwoman » ? N.K.-M. Les embûches sont quotidiennes. C'est ainsi, le milieu se veut très concurrentiel. On vit constamment cette pression et en même temps nous sommes surexposées. Interpellables à tout moment. Les coups bas, ça en fait partie, je ne les compte plus. En même temps, c'est un monde rempli de surprises et de découvertes. On est en permanence dans le rapport à l'autre, à tous les autres. P.M. Vous avez l'air de très bien survivre à tout ça... Pourtant, il vous est déjà arrivé de pleurer, seule, dans votre bureau... N.K.-M. Oui, c'est vrai. On ne sait jamais quand les coups vont nous tomber dessus. On peut avoir tous les bonheurs et aussi être amené à craquer psychologiquement. P.M. Il faut alors être une "tueuse" pour arriver au sommet? N.K.-M. Franchement, je ne crois pas Et je ne me sens pas l'âme d'une tueuse, si cela consiste à faire le vide autour de soi. J'ai plein de défauts, mais pas celui-là! Je ne sais pas setter la détresse. Au contraire, j'aime aider les gens. D'ailleurs, je le dis à toutes les femmes: venez faire de la politique, je vous aiderai. P.M. Le fait qu'il n'y ait quasiment que des hommes autour de vous rend-il a vie plus difficile? Ils vous jalousent ou vous complimentent ? N.K.-M. C'est un milieu très macho. Dans les milieux non mixtes, l'inertie est plus grande. On peut souhaiter la parité pour des questions de justice, mais surtout pour des raisons d'efficacité. Les systèmes qui font davantage appel aux femmes sont plus dynamiques et plus créatifs, moins sclérosés. Quant aux relations avec les collègues, c'est difficile à peser. On reçoit des compliments qui parfois masquent des jalousies. La politique fait une large place à la dissimulation. On ne connaît pas la part de sincérité qu'on peut avoir entre nous. P.M. On vous dit impatiente, pressée d'entrer au gouvernement... N.K.-M. L'impatience n'est pas une qualité dans ce métier. Il y a un effet de génération. Mais je ne laisserai pas passer mon tour! Si vraiment j'étais impatiente, je n'aurais pas fait de bébé... Quant à entrer au gouvernement, je suis beaucoup moins focalisée sur la question que certains de mes collègues masculins... Et commencer jeune détend beaucoup sur la question des échéances. La vie est longue. P.M. C'est vous qui avez porté le "bébé" de Chirac, la Charte de l'environnement, le 28 février dernier au Congrès, afin qu'elle soit inscrite dans la Constitution. Vous avez prononcé, à la tribune, un discours devant les 908 parlementaires. Qu'avez-vous ressenti à ce moment-là ? N.K.-M. Cela m'a extraordinairement émue. Il s'agissait d'un texte historique, supra-constitutionnel, qui marquera la vie des gens pour les décennies à venir. En même temps que je parlais, je sentais mon bébé bouger comme jamais sans doute, sous l'effet de ma propre émotion. Ce qui a failli me déconcentrer! Je n'oublierai jamais les mouvements de mon bébé à la tribune du Congrès! P.M. On peut donc être une femme politique, jeune et heureuse ? N.K.-M. [Silence.] Oui. Faire de la politique n'est sans doute pas la marque d'une grande sérénité intérieure, mais d'une grande complexité. Je ne suis pas béate. Mais quand on a le virus de la politique, on ne peut pas être heureux sans en faire… Valérie Tierweiler Portrait: Les Ministres, les hauts fonctionnaires, les chefs d’entreprise et, surtout, les gens de sa circonscription… elle est sans cesse sur tous les fronts. Dans l'ascenseur qui la mène à son bureau de l'Assemblée, elle jette un rapide coup d'oeil dans le miroir. «Vous ne trouvez pas que j'ai une tête de déterrée?" lâche-t-elle un brin inquiète. Sous la lumière blafarde, le teint pâle trahit une fatigue inhabituelle, celle d'une élue qui, au bout de sept mois de grossesse, n'a rien changé à son emploi du temps. Le médecin lui a déconseillé de prendre le volant, mais la jeune élue aime conduire sa Safrane qu'elle vient d'acheter à la vente aux enchères du parc automobile de l'Assemblée. «C'est le seul endroit où je peux tranquillement passer mes coups de fil, dit-elle, et la conduite est beaucoup plus tranquille avec une boîte de vitesse automatique.» Rien à voir avec le tacot dont elle vient de se débarrasser. «Une fois, je me suis fait arrêter par la police. Ils pensaient que j'avais piqué la voiture de ma maman et le macaron de mon papa!» Manque de chance, la jolie blonde était bien la propriétaire du tacot... et du macaron. Nathalie Kosciusko-Morizet est l'une des rares scientifiques de l'Hémicycle, incollable sur les problématiques de l'environnement. Jacques Chirac l'a repérée en lisant l'un de ses articles publiés dans une revue politique en 1997. II l'a invitée à petit déjeuner à l'Elysée. II a bien connu le grand-père de la jeune polytechnicienne, ambassadeur de France et responsable des questions internationales au R.p.r. En revanche, il n'a pas connu son arrière-grand-père, marxiste convaincu et sénateur-maire S.f.i.o. de Boulogne-Billancourt. Nathalie n'a que 25 ans et devient bientôt conseillère de Jean-Pierre Raffarin pour la Charte de l'environnement. En outre, elle a participé à la constitution de la commission Coppens qui a rédigé le traité. Aujourd'hui, elle est secrétaire nationale pour l'environnement à l'U.m.p., membre de la commission des transports au conseil régional d'lle-de-France, rapporteur spécial sur la Charte de l'environnement à l'Assemblée, où elle préside le groupe « Santé et environnement». Dans le couloir du Palais-Bourbon, elle ajuste le châle mauve qu'elle ne quitte pas et refait son chignon. Le téléphone sonne. C'est le maire de Longjumeau. Une actrice de 95 ans lui a promis 10 000 euros pour la rénovation de l'église. Mais la «drôle de paroissienne» ne lui versera que 1500 euros. La future maman passe du coq à l'âne, enchaîne les problèmes de sa circonscription avec les questions nationales. «Dis-moi à quelle heure arrive le ministre tout à l'heure et prépare-moi un dossier sur la dame qui se fait décorer, dit-elle à son assistante. Et au fait, j'ai reçu les patrons de l'U,i.c. [Union des industries chimiques], je leur al dit qu'ils s'y prenaient comme des manches!" Quand les sujets lui tiennent à coeur, elle ne mâche pas ses mots. Ses bêtes noires sont les industriels qui nient les effets de « la pollution chimique sur la santé ». Son dernier sujet d'étude. Elle ne comprend pas comment on peut protéger ses intérêts, quels qu'ils soient, quand il est question d'environnement. Et quand une voix féminine-est sortie des rangs du P.s. pour crier: «La Charte de l'environnement ne passera pas!», son sang n'a fait qu'un tour. Le dimanche qui a suivi le Congrès, Chirac lui a passé un coup de fil sur son portable pour la féliciter. De quoi oublier les querelles partisanes et reprendre du poil de la bête. Un peu de fond de teint dans la salle de bains de son bureau de l'Assemblée, un brin de rouge à lèvres et la voilà repartie! Nathalie doit faire la tournée des ministères: parler avec le directeur de cabinet de Gilles de Robien de l'aménagement de la N 20, des nuisances sonores causées par l'aéroport d'Orly. Au ministère de la Santé, elle doit discuter avec Philippe Douste-Blazy de la maison médicale de garde de Longjumeau, d'un projet sur Limours et du redéploiement de l'hôpital psychiatrique d'Etampes sur Epinay-sur-Orge. Ses origines parisiennes et ses airs B.c.b.g. n'entachent en rien la crédibilité de l'élue locale. Elle n'aime pas les mondanités, préfère la vie de sa « circo » et les permanences. Les gens viennent se confier, lui demandent un coup de main pour des histoires de logement, de mutations professionnelles, parfois des choses plus graves et plus intimes: des problèmes de mères d'enfants handicapés ou même des histoires de viols et de pédophilie. Elle écoute les gens et adresse des courriers au recteur, au préfet, aux ministères. Elle reçoit aussi des patrons des entreprises locales qui prévoient des plans sociaux ou de délocalisation. En bonne chiraquienne, la députée U.m.p. a deux priorités pour sa «circo» : l'environnement et l'emploi. A 18 h 30, le ministre de l'Agriculture, Dominique Bussereau, attend de pied ferme à la mairie de Villebon-sur-Yvette. Les élus de l'Essonne remettent l'ordre du Mérite agricole à Mme Ghislaine Olivier, bien connue dans la région, agricultrice depuis cinquante-huit ans et conductrice de poids lourds depuis cinquante-cinq ans! Nathalie improvise un discours enlevé devant les conseillers municipaux et une assemblée d'agriculteurs. «Cela fait partie des fonctions de député de proposer des personnalités locales pour les remises de médailles, dit-elle. Aucune femme ne vient jamais en réclamer. Et lorsqu'on leur propose, souvent elles disent; "Donnez-la plutôt à mon mari!" Je suis très heureuse de décorer Ghislaine pendant la semaine du 8 mars, ajournée des femmes.» Chaudement applaudie, la jeune députée passe au banquet et repart au volant de sa Safrane ; elle commence à fatiguer. Enfin ! La veille au soir, elle a animé une conférence au Medef de l'Essonne avec trente chefs de P.m,e. Ce soir, elle ne rentre pas trop tard. Besoin de repos. «La grossesse est un révélateur, confie la future maman. Maintenant, je ressens la moindre petite fragilité.» Son mari lui a fait remarquer qu'elle avait les nerfs un peu fragiles ces derniers temps... C'est bien la moindre des choses pour cette femme hyperactive qui a seulement prévu «d'alléger le mois de mai» au moment de l'accouchement, Pour le reste, elle peut compter sur son énergie, son charme un tantinet désuet et ses faux airs de Sandrine Kiberlain, Et ce n'est pas la maternité qui ralentira sa carrière. François de Labarre
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